A Dijon, les greffes du cœur ont été initiées par le professeur Michel David, en 1987. Et depuis 20 ans, ce service de la chirurgie cardiaque qu'il dirige toujours, a pratiqué des interventions sur quelque 200 personnes. Le premier à s'être allongé sur la table d'opération coule même aujourd'hui encore des jours heureux quelque part en Côte-d'Or. Et Michel David l'assure, être greffé constitue un grand bonheur pour tous ceux qui, un jour, se sont trouvés dans l'obligation de s'immobiliser sous son bistouri. « Les bénéfices sont plus importants que les inconvénients. Car c'est mieux que d'être mort. Mais attention, ce n'est pas un long fleuve tranquille. Il faut adhérer à un traitement que l'on doit prendre tous les jours. » Et le médecin de souligner que lors d'un premier entretien avec un patient, il se plaît à préciser les aspects positifs d'une greffe. Il vante en particulier les résultats qui laissent apparaître une survie à 70 % à horizon de 10 ans. En 1997, l'un de ses malades est devenu champion de France de marathon. Pour autant aujourd'hui, dans ce service qui compte cinq chirurgiens cardiaques et trois autres en formation, dont un Paraguayen et un Italien, l'on ne pratique plus guère que 3 à 5 greffes par an. Tandis que 25 transplantations avaient été comptabilisées en 1993. Une grande année. « Nous avons moins de greffons disponibles et moins d'accidentés de la route également » explique Michel David. « Quant à l'insuffisance cardiaque, elle est de mieux en mieux traitée par des médicaments qui permettent de reculer l'heure à laquelle nous devons intervenir. » Cela dit, le professeur insiste. Le service conserve son rang d'une unité à la hauteur des enjeux. Il dispose en effet d'un secteur spécifique destiné à l'assistance circulatoire. Ou comment continuer à vivre, sans son cœur, mais au moyen de câbles reliés à une machine. Depuis deux mois, un patient est dans cette situation. Il attend un greffon. Un autre évolue avec des piles lithium pour remplacer l'un de ses deux ventricules. Il est retourné chez lui, à Chalon-sur-Saône, mais est surveillé étroitement par l'équipe du professeur David. Cependant, il le reconnaît, cette catégorie de médecine constitue une épine supplémentaire au registre des déconvenues de l'assurance-maladie. « Clairement, on est à la croisée des chemins. Doit-on privilégier les transplantations, ou les cœurs artificiels et semi-artificiels ? Ce n'est pas à nous, médecins, de nous prononcer ! »<br />