Les cinq agences régionales de l'hospitalisation (ARH) de l'interrégion Est (Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté et Lorraine) ont arrêté leur schéma d'organisation sanitaire (SIOS) pour 2008-2013. Les travaux ont démarré en 2006, Didier Jaffre coordonne et gère sa mise en œuvre. Enjeu : maintenir une offre de soins interrégionale sur cinq activités hautement spécialisées.
Le Bien public. - Comment a été définie l'interrégion Est ?
Didier Jaffre.
- Elle a été définie en fonction des possibilités d'accès aux soins, des ressources d'offres de soins (notamment de prise en charge des enfants), des flux de patients observés, des partenariats et coopération déjà existants.
LBP.
- Quels sont les objectifs du SIOS ?
DJ.
- Les objectifs du SIOS sont d'offrir la palette complète des soins pour cinq activités hautement spécialisées : la chirurgie cardiaque, la neurochirurgie, les activités interventionnelles par voie endovasculaire en neuroradiologie, le traitement des grands brûlés, les greffes d'organes et de cellules hématopoïétiques. Egalement formaliser des liens entre les services de régulation et de réanimation, les services d'urgence et les services de soins de suite et de réadaptation.
LBP. - Quel est l'enjeu ?
DJ. - L' interrégion Est représente 8 millions d'habitants. Nous devons être en mesure de proposer aux patients l'offre de soins sur les cinq activités hautement spécialisées. Mais pour y parvenir, il faudra que les professionnels jouent le jeu de ce regroupement. Au-delà des CHU, il sera également indispensable que les facultés de médecine travaillent ensemble. Il faut tenir compte de la démographie médicale qui se fragilise : l'interrégion est une réponse pour pallier cette difficulté et s'assurer du maintien et de la formation des professionnels hautement qualifiés. Il y a également nécessité d'évaluer les pratiques professionnelles au niveau interrégional dans le cadre de la mise en œuvre du SIOS et de la délivrance des autorisations sanitaires.
LBP. - Que va-t-il se passer en Bourgogne ?
DJ. - Le SIOS va maintenir ce qui se faisait à Dijon et le formaliser, notamment au niveau de la chirurgie cardiaque. Il y a eu ces dernières années trop peu de greffes de cœur à Dijon. Tout simplement parce que Besançon adressait ses patients à Lyon. Le SIOS va permettre de clarifier. Dijon n'aura pas la greffe de foie, mais celledu cœur. Il y aura répartition mais il faut que tout le monde joue le jeu.
Pour la chirurgie cardiaque pédiatrique, 60 % des cas sont pris en charge à l'extérieur de l'interrégion. Il est donc indispensable que Reims, Dijon et Besançon envoient les patients à Nancy ou Strasbourg (cela reste à déterminer). Si cette entente ne se fait pas, ces services hautement spécialisés disparaîtront de notre interrégion.
LBP. - Il est donc risqué de refuser l'interrégion…
DJ. - Absolument ! La refuser, c'est continuer à favoriser le tropisme des régions Ile-de-France, Rhône-Alpes et PACA. Car c'est bien l'enjeu des interrégions : avoir une taille critique suffisante pour pouvoir justifier de l'installation de services spécialisés et permettre de maintenir des praticiens très spécialisés tout en développant la recherche et l'innovation.
Propos recueillis par Catherine VACHON